Direction d’interview

Un expert mal filmé a l’air d’un expert moyen.

J’ai filmé le CEO d’une entreprise technologique alors qu’il répondait en anglais, une langue qui n’était pas la sienne. Pendant les premières minutes, il ne pensait plus à son marché. Il pensait à son accent et à des auréoles sur sa chemise, qui n’existaient pas. Sa compétence n’avait pas bougé d’un millimètre. Son attention, si.

Vos experts savent déjà. Mon travail ne consiste pas à leur apprendre quoi dire, mais à créer les conditions pour que ce qu’ils savent arrive jusqu’à l’écran.

Quatre principes
01

Choisir

Une interview se joue en grande partie avant qu’on allume quoi que ce soit.

Le directeur commercial connaît les objections que ses clients posent avant de signer. L’ingénieur connaît les contraintes qu’il a dû résoudre. Le chef produit sait pourquoi un arbitrage a été tranché dans un sens plutôt que dans l’autre. Le dirigeant peut expliquer pourquoi l’entreprise a mis de l’argent là plutôt qu’ailleurs. La crédibilité vient de quelqu’un qui a vécu ce dont il parle.

Confier un sujet à une personne qui ne le maîtrise que de loin produit des généralités, du vocabulaire appris et une prudence qui s’entend. Aucune direction d’interview ne rattrape vraiment un mauvais casting, parce que le problème a été créé deux semaines plus tôt, dans la réunion où l’on a choisi qui passerait devant la caméra.

Vingt-sept ans dans l’industrie technologique me permettent d’entrer rapidement dans un sujet complexe et de repérer qui, dans l’organisation, possède la parole la plus légitime sur chaque question.

Ce que ça change Le tournage ne sert pas à découvrir qui aurait dû être interviewé.

02

Faire émerger

Le bon expert peut donner une mauvaise interview si on lui pose les mauvaises questions.

« Pouvez-vous nous présenter votre solution ? » appelle une réponse institutionnelle, et c’est exactement ce que l’on obtient. Je cherche autre chose : une décision, une difficulté, une objection entendue en rendez-vous, un chiffre, un détail technique, le moment précis où quelque chose a changé.

Il ne s’agit pas de faire réciter les messages de l’entreprise, mais de trouver les endroits où ces messages deviennent vrais. Cela suppose de savoir relancer plutôt que de dérouler un questionnaire.

Quand un ingénieur lâche « ça nous a demandé beaucoup de travail », la question utile n’est presque jamais la suivante sur ma liste : pourquoi, qu’est-ce qui était difficile, que faisiez-vous avant, et surtout comment savez-vous que cela fonctionne ? Cette dernière produit une preuve plutôt qu’une opinion, ce dont un commercial aura besoin face à un client qui hésite.

La phrase qui donnera sa valeur au film se trouve presque toujours derrière une première réponse très ordinaire.

Ce que ça change Vos experts ne récitent pas votre brochure, ils donnent les preuves qui la rendent crédible.

03

Protéger

Un tournage mal conçu rend hésitante une personne parfaitement compétente.

Je passe donc du temps à retirer ce qui détourne son attention de son sujet.

Le retour vidéo

Voir son propre visage pousse à s’observer plutôt qu’à réfléchir. L’attention quitte le sujet pour revenir vers soi.

La hiérarchie dans la pièce

La présence d’un manager peut rendre le vocabulaire plus prudent, les réponses plus institutionnelles et les silences plus longs.

Le texte appris

Mémoriser ajoute une tâche, ne pas oublier, qui prend la place de celle qui compte : expliquer.

Le décompte

« Trois, deux, un » fabrique un instant où il faudrait soudain devenir performant. La caméra tourne souvent bien avant que l’intervenant pense avoir commencé.

Aucune de ces règles n’est un dogme. Elles servent le même principe : ce qui ramène inutilement l’attention de l’expert vers lui-même doit disparaître.

Ce que ça change Son énergie mentale reste disponible pour penser, expliquer et raconter.

04

Accompagner

Ajouter des repères utiles plutôt que de nouvelles choses à surveiller.

Montrer à quelqu’un qui est déjà sous pression tout ce qu’il fait mal ne l’améliore pas. Cela lui donne simplement plus de choses auxquelles penser. Ma pratique de formateur Dale Carnegie m’a appris à procéder dans l’ordre inverse.

Je commence par nommer précisément ce qui fonctionne : « Là, ton exemple rend le problème compréhensible tout de suite. » Un repère concret donne quelque chose sur quoi s’appuyer. J’ajoute ensuite plutôt que je ne corrige : « Sur la prochaine, garde cette énergie et prends un peu plus de temps sur la conclusion. » Quand l’ajustement fonctionne, je le signale immédiatement pour que la personne sache quoi reproduire.

Parfois, la meilleure intervention consiste à ne rien dire. Je laisse les premières réponses exister, je reviens plus tard sur une question et j’attends le moment où la personne cesse de traduire sa pensée pour la caméra. Elle réemploie son vocabulaire, s’interrompt pour préciser un détail technique, ses mains reviennent dans la conversation. Elle ne fait plus une interview, elle reparle de son métier.

Ce que ça change Vos experts se reconnaissent dans le film, et vos équipes ont envie de s’en servir.

Une interview crédible ne s’obtient pas en demandant à quelqu’un d’être naturel.

Elle vient d’un enchaînement : la bonne personne, la bonne conversation, le bon dispositif et le bon accompagnement.

Comprendre un sujet technique et savoir faire parler quelqu’un sont deux métiers distincts. Tout ce qui précède la caméra décide de ce qu’elle enregistrera, de ce que vos prospects comprendront et de ce que vos équipes pourront utiliser ensuite.

Vous avez des experts à faire entendre ?

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